Perche-soleil : la liste des gestes interdits

Les articles précédents de cette série parlaient de chiffres dans l’eau : une espèce et trois règles graduées, un mot pour trois stocks, une taille minimale qui croise le menu. Celui-ci parle d’un poisson dont la question n’est pas dans l’eau, mais dans ta main. Pour tout autre poisson, la règle dit quand il retourne à l’eau. Pour la perche-soleil, la détenir, la transporter et la relâcher figurent toutes les trois sur la même liste européenne d’interdictions — et le seul geste qui n’y figure pas exige, au regard du droit allemand de la protection animale, un « motif raisonnable ». Le pôle de cet article est donc : la liste des gestes interdits, et celui qui n’y est pas.

Huit lettres, dont trois décrivent ta main

L’article 7, paragraphe 1, du règlement (UE) n° 1143/2014 énumère ce qui ne peut être fait intentionnellement avec les espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l’Union : huit lettres, de a) à h). Trois décrivent exactement ce qu’un pêcheur fait d’un poisson capturé. Lettre b) : être détenues, y compris en garde confinée. Lettre d) : être transportées vers, depuis ou à l’intérieur de l’Union, sauf dans le cadre du transport vers des installations en vue de leur éradication. Et lettre h) : être libérées dans l’environnement — la question que se pose quiconque a un tel poisson à l’hameçon. ⚠️ Et voici le geste qui manque à cette liste : la mise à mort ne figure pas à l’article 7. Elle figure en revanche au § 17, n° 1, de la loi allemande sur la protection des animaux, qui punit d’une peine pouvant aller jusqu’à trois ans d’emprisonnement ou d’une amende quiconque « tue un vertébré sans motif raisonnable ». À côté, le § 1, deuxième phrase : « Nul ne peut infliger à un animal des douleurs, des souffrances ou des dommages sans motif raisonnable. » Deux textes juridiques, un poisson, une main — et aucun des deux ne dit au pêcheur, en mots simples, ce qu’il doit faire maintenant.

⚠️ Ici vient le garde-fou sans lequel cet article serait une insinuation. Premièrement : l’article 7 dit « intentionnellement », et la question de savoir si remettre à l’eau un poisson qui nageait une minute plus tôt dans cette même eau constitue une « libération dans l’environnement » au sens de la lettre h) n’est pas tranchée ici. Cet article montre seulement que le texte la soulève. Deuxièmement : ceci n’est pas un conseil juridique. L’exécution du règlement relève des Länder allemands, tout comme le droit de la pêche et celui de la protection animale ; ce qui t’oblige, c’est ce que disent ton autorité et le détenteur du droit de pêche, pas ce texte. Troisièmement : les documents vérifiés sont allemands, plus le règlement européen, directement applicable dans toute l’Union. Rien n’est affirmé ici sur les obligations concrètes des pêcheurs en Espagne, en Italie, en France ou en Croatie, même si la même liste de l’Union y vaut.

Ce que dit la fiche officielle — et que presque personne ne connaît

Il existe pour ce poisson une fiche de gestion et de mesures au titre du règlement (UE) n° 1143/2014, élaborée par le groupe d’experts allemand chargé de l’application des règles EEE au sein du comité LANA « protection des espèces et des biotopes », datée de février 2021. Dans la mesure M 6, « Traitement des prises accessoires de perche-soleil », se trouve la phrase en cause : les perches-soleil capturées lors d’opérations de pêche, de suivi « ou dans le cadre de la gestion halieutique doivent être prélevées ». Dans le même paragraphe, l’effort supplémentaire est explicitement chiffré comme « pour une mise à mort respectueuse du bien-être animal et l’élimination ». ⚠️ Puis, dans les « indications spéciales », vient la ligne que presque personne ne connaît : « La valorisation des perches-soleil est en principe préférable à leur élimination. » Une fiche officielle ne dit pas *à la poubelle*, elle dit : dans l’assiette. À cela s’ajoute, sous « remarques particulières » : « Le droit de la protection animale doit également être respecté. Conformément à l’article 19, paragraphe 3, du règlement (UE) n° 1143/2014, il convient de veiller à ce que, lorsque les mesures visent des animaux, leur soient épargnées des douleurs, angoisses ou souffrances évitables, sans compromettre l’efficacité des mesures de gestion. » C’est le point où les deux textes se touchent réellement : le règlement lui-même exige que le droit du bien-être animal accompagne la mesure. ⚠️ Mais la fiche s’adresse aux autorités et aux gestionnaires halieutiques, non à la personne qui tient la canne. Elle décrit des mesures de gestion au titre de l’article 19 — ce n’est pas une consigne pour toi, et elle n’en devient pas une.

Pourquoi elle figure sur la liste

La perche-soleil est entrée sur la liste de l’Union par le règlement d’exécution (UE) 2019/1262 de la Commission du 25 juillet 2019 (Journal officiel L 199, pages 1 à 4). À l’annexe, elle figure entre le houblon du Japon et le lespédéza de Chine : « Lepomis gibbosus Linnaeus, 1758 », code NC pour les spécimens vivants ex 0301 99 17, pour les parties susceptibles de se reproduire ex 0511 91 90 (« œufs de poissons fécondés »). Article 2 du règlement : « Le présent règlement entre en vigueur le vingtième jour suivant celui de sa publication au Journal officiel de l’Union européenne. » Le BfN-Skript 574 de l’agence fédérale allemande de la conservation indique comme date d’inscription le 12 août 2019 et note : « Soumise à : gestion (art. 19) » — donc non pas détection précoce et éradication immédiate, mais gestion d’une espèce déjà largement répandue. Pourquoi ? Parce qu’elle est là depuis longtemps. La même fiche : première importation vers 1887, première observation en milieu naturel en 1896, statut en Allemagne « établie ». La fiche de mesures ajoute la préhistoire européenne : première introduction européenne, France 1877, importée « prioritairement pour l’aquariophilie » et plus tard vantée — il faut relire la phrase — comme « poisson de biotope » ou « poisson d’étang » pour les petites eaux. L’espèce aujourd’hui sur la liste d’interdictions a été vendue pendant des décennies comme un agrément pour le bassin de jardin.

La motivation de la fiche est brève et intéresse directement le pêcheur de carnassiers. Impacts défavorables cités : « à fortes densités de population, forte concurrence alimentaire avec les espèces de poissons indigènes et prédation sur (frai et juvéniles ainsi que larves d’amphibiens, larves d’insectes, entre autres) », ainsi que « réduction du zooplancton, avec une intensification supposée des effets d’eutrophisation », réduction de la biomasse du macrozoobenthos et « interactions agressives avec les espèces indigènes ». ⚠️ Puis le point que tout pêcheur de brochet devrait connaître : la fiche la répertorie comme hôte d’ectoparasites exotiques (douves branchiales) et comme « vecteur du ténia du brochet Triaenophorus nodulosus » — le travail de Brinker et Hamers de l’an 2000 qui le fonde la décrit comme hôte intermédiaire secondaire possible, première description pour l’Allemagne. Si tu te demandes pourquoi le petit poisson coloré que tu aimais prendre enfant se retrouve soudain dans un règlement d’interdictions, cette ligne fait partie de la réponse. ⚠️ Il n’est pas affirmé ici qu’il s’agisse d’un carnassier. Les sources mentionnent la prédation sur le frai, les alevins et les larves — rien de plus, et rien de plus n’est affirmé ici.

Le nom qui appartient à deux autres poissons

Et puis il y a le nom — et cette fois le piège est construit autrement que dans les articles précédents. Aucun mot ne porte trop de poissons, et aucune forme ornementale n’a chassé le poisson sauvage. Ici, la perche-soleil porte dans les registres les noms de deux autres poissons, et cette série a déjà écrit sur les deux. La liste des noms vernaculaires de GBIF pour *Lepomis gibbosus* (usageKey 2394486, 179 entrées, consultée le 07/09/2026) contient le français « Achigan à petite bouche ». Ce même nom figure dans GBIF sur cinq entrées distinctes de *Micropterus dolomieu*, l’achigan à petite bouche — le black-bass. Et elle contient le russe « Обыкновенный солнечник » : cette chaîne exacte est aussi, dans GBIF, un nom de *Zeus faber* (usageKey 7744449), le saint-pierre. Deux poissons, deux articles à eux dans cette série, un nom emprunté. ⚠️ Pour l’arabe, ni GBIF ni WoRMS (AphiaID 151290) ne donnent le moindre nom ; le japonais n’a que la transcription en katakana du mot anglais, « パンプキンシードサンフィッシュ » — non pas un nom propre, mais l’anglais en écriture japonaise. Les voisins, eux, sont nets : allemand Sonnenbarsch et Kürbiskernbarsch (traduction littérale de *pumpkinseed*), néerlandais zonnebaars, danois almindelig solaborre, suédois solabborre, finnois aurinkoahven, croate sunčanica, albanais peshku diell. En français, GBIF donne aussi « perche-soleil », « crapet-soleil », « calicoba » et « poisson tricolore ».

📏 D’où la leçon de sources du jour, qui dépasse largement ce poisson : les registres de noms ne sont pas propres, et les sources primaires se contredisent parfois elles-mêmes. Dans cette même liste GBIF de l’achigan à petite bouche figure le nom anglais « Brown Trout » — un troisième poisson, dans une liste qui devrait n’en concerner que deux. Et dans le BfN-Skript 574, la fiche de la perche-soleil (page 108) porte, à la ligne « habitat », le mot « terrestre » — pour un poisson. Le tableau récapitulatif du même cahier la classe correctement avec « S » pour eau douce, et la fiche de la grenouille-taureau, deux pages plus tôt, dit proprement « aquatique (eau douce) ». Ce n’est pas un reproche à un document par ailleurs excellent : c’est la preuve qu’on lit même les sources officielles contre elles-mêmes avant d’en citer une ligne.

Ce que cela change pour la journée au bord de l’eau

  • Tu ne peux pas la confondre. La fiche du BfN le dit sans détour : non confondable avec les espèces indigènes. Corps haut, fortement comprimé latéralement, brun verdâtre à taches vert-bleu opalescentes, 32 à 45 écailles le long de la ligne latérale, les deux parties de la nageoire dorsale soudées — et la marque sûre : sur le prolongement membraneux de l’opercule, une tache noire et le plus souvent une rouge. Elle ne ressemble qu’à d’autres espèces de perches-soleil exotiques.
  • Ici, elle reste petite. BfN : « jusqu’à 15 cm de long, poids jusqu’à 250 g ». La même fiche indique « jusqu’à 30 cm et 4 kg » pour l’aire d’origine nord-américaine ; ce chiffre est cité ici comme donnée du BfN, non posé comme un fait. Pour toi : un sujet de 12 cm est adulte, pas sous la maille.
  • Règle la question avant de partir, pas au bord. Ce qui doit advenir d’une perche-soleil capturée relève, en Allemagne, des Länder et de l’application locale. Demande au détenteur du droit de pêche et à l’autorité compétente. Cet article te montre quelle question poser ; il n’y répond pas.
  • Si elle est prélevée, alors qu’elle serve. « La valorisation des perches-soleil est en principe préférable à leur élimination », dit littéralement la fiche de mesures. Et l’article 19, paragraphe 3, du règlement exige d’épargner aux animaux des douleurs, angoisses ou souffrances évitables. Les deux se trouvent sur le même papier.
  • Nettoie et sèche le matériel : 24 heures. Pour les mesures, la fiche exige expressément que l’ensemble du matériel — épuisette, waders, bottes, bacs, seaux — soit soigneusement nettoyé et séché pendant au moins 24 heures, ou désinfecté, afin de ne pas transporter la peste de l’écrevisse, des maladies des poissons et des plantes aquatiques exotiques. C’est la meilleure habitude de tout cet article, et elle ne coûte rien.
  • Pour les pêcheurs de brochet : la ligne du ténia. La fiche répertorie la perche-soleil comme vecteur du ténia du brochet Triaenophorus nodulosus ; le travail cité de 2000 la décrit comme hôte intermédiaire secondaire possible. Si ton eau en est pleine, c’est une information sur tes brochets, pas seulement sur elles.

Et maintenant les papiers, car cet article tient ou tombe avec eux. Droit : règlement (UE) n° 1143/2014, article 7, paragraphe 1 (texte) et article 19, paragraphe 3. Règlement d’exécution (UE) 2019/1262 de la Commission du 25 juillet 2019, Journal officiel L 199 : 1–4, annexe point 1, ligne « Lepomis gibbosus Linnaeus, 1758 », code NC ex 0301 99 17. § 1 et § 17 de la loi allemande sur la protection des animaux (TierSchG), version sur gesetze-im-internet.de. Administration et biologie : BfN-Skripten 574 (Nehring et Skowronek 2020, sur les espèces exotiques envahissantes de la liste de l’Union du règlement (UE) n° 1143/2014, deuxième mise à jour 2019), fiche perche-soleil p. 108 et suiv. — inscription 12/08/2019, « soumise à : gestion (art. 19) », première importation vers 1887, première observation 1896, caractères et risques de confusion. Fiche de gestion et de mesures « perche-soleil » au titre du règlement (UE) n° 1143/2014, février 2021, élaborée par le groupe d’experts chargé de l’application des règles EEE au sein du comité LANA « protection des espèces et des biotopes » — d’où proviennent M 6, les indications sur le droit de la protection animale, la valorisation et l’hygiène du matériel, ainsi que les données sur les voies d’introduction et les impacts défavorables (elles-mêmes référencées à Nehring et al. 2015, Przybylski et Zieba 2011, Kleef et al. 2008, Almeida et al. 2014, Brinker et Hamers 2000, Sterud et Jørgensen 2006, Wiesner et al. 2010). LfU Brandebourg, fiche perche-soleil. Taxonomie : API GBIF, résolue le 07/09/2026 — *Lepomis gibbosus* (Linnaeus, 1758), usageKey 2394486, rang SPECIES, statut ACCEPTED, matchType EXACT, confiance 99, famille Centrarchidae (familyKey 8513), ordre Perciformes (orderKey 587) ; WoRMS AphiaID 151290, où l’ordre est Centrarchiformes — deux registres, deux ordres, la même espèce. ⚠️ Quatre choses que cet article n’affirme délibérément pas : que la remise à l’eau soit permise ou interdite ; qu’un Land oblige les pêcheurs à tuer ; quoi que ce soit sur les obligations des pêcheurs dans d’autres États membres ; et que la perche-soleil soit un carnassier. Les règlements changent en outre : avant ta journée de pêche, vérifie la version en vigueur et la réponse de ton autorité, pas cet article.

Pas la case — le poisson

Avec ce poisson, ce qui décide de ta journée n’est pas la ligne où il est rangé, mais ce qui se tient réellement devant toi dans l’eau — et aucun règlement ne répond à cela. Une bonne journée est une question de température de l’eau, de niveau, de turbidité, de saison et de tout ce qui change d’heure en heure : pression atmosphérique, vent, courant et phase lumineuse. C’est précisément pour cela que l’application StrikeAhead est construite : elle lit ton secteur avec des fenêtres d’activité, des données météo et hydrologiques, une carte et des courbes de profondeur, et elle apprend de tes prises pour que tu pêches le moment au lieu de le deviner. Et comme, sur une eau inconnue, la moitié de la réponse consiste à savoir quelle anse porte quelle population et quelle ligne de la règle locale s’applique à ton poisson, l’autre moitié est le raccourci : ce savoir n’est sur aucune carte, il est dans une tête. L’application te dit quand. StrikeAhead Pathfinder te dit avec qui : notre annuaire curaté de guides de pêche et de skippers — chaque expert vérifié en personne, licence et assurance contrôlées avant la mise en ligne, profils bâtis sur des prises réelles et vérifiées issues du carnet StrikeAhead plutôt que sur des photos publicitaires, aucun classement payant, et aucune commission d’intermédiation pour toi qui pêches.

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