Pêche du grondin perlon : le poisson aux noms tous empruntés

Les derniers pôles de cette série se tenaient dans la règle : une règle assortie d’une date de péremption, puis, la dernière fois, une règle qui s’arrête au type d’eau tandis que le poisson continue de nager. Le grondin perlon ramène au poisson lui-même — plus précisément, à son nom. Chez presque tous les poissons, le nom décrit quelque chose d’eux : une couleur, une forme, un lieu. Chez le grondin perlon, aucune partie de son nom scientifique ne décrit cet animal. Le genre vient d’un oiseau, le nom d’espèce d’une lampe qui appartenait à l’origine à un autre poisson, et l’ancien genre du rouget-barbet. D’où le pôle de cet article : le poisson aux noms tous empruntés. Le poisson dont il est question ici est *Chelidonichthys lucerna*, chez lui en Méditerranée comme dans l’Atlantique.

Hirondelle, lampe, rouget-barbet : trois noms, trois emprunts

L’origine des noms est consignée par The ETYFish Project, un répertoire étymologique des noms de poissons. Premièrement, le genre Chelidonichthys : du grec *chelidon*, l’hirondelle, et *ichthys*, poisson. L’explication d’ETYFish : « presumably referring to bird-like wingspan of large pectoral fins » — sans doute en raison de l’envergure d’oiseau des grandes nageoires pectorales, que les Anciens croyaient même capables de voler. Deuxièmement, le nom d’espèce lucerna : « lampe » en latin — et, selon ETYFish, à l’origine un nom courant du grondin volant *Dactylopterus volitans*, d’une autre famille. Il remonte à Pline, qui écrivait que sa langue rouge feu luisait la nuit. Ce n’est qu’à la Renaissance que des gens de Ligurie et de Venise employèrent ce nom pour ce poisson ou pour un poisson apparenté. Troisièmement, l’ancien genre Trigla, sous lequel le grondin fut longtemps rangé : selon ETYFish, le nom classique du rouget-barbet, *Mullus barbatus*. Artedi réunit les deux, peut-être parce que tous deux émettent des sons quand on les tire de l’eau ; Linné les sépara et donna le nom aux grondins — « contrary to ancient usage », contre l’usage antique.

Et cela s’emmêle encore. L’explication par l’hirondelle renvoie, pour le genre, à l’espèce *C. hirundo* — et *hirundo* signifie lui aussi « hirondelle » en latin. Selon ETYFish, *hirundo* est aujourd’hui un synonyme junior de C. lucerna. Le même poisson a donc déjà porté « hirondelle » comme nom d’espèce avant que « lampe » ne devienne le nom valide. ⚠️ Un garde-fou ici : ETYFish explique ce que les auteurs des noms voulaient probablement dire, et le dit lui-même (« presumably », « possibly »). C’est une interprétation soignée, pas un acte authentique.

Une Europe, deux camps d’oiseaux

Les noms vernaculaires ne simplifient rien, ils ajoutent seulement de la couleur. Dans la liste des noms vernaculaires GBIF pour *Chelidonichthys lucerna* (clé 2336774, 119 entrées), l’Europe se partage en deux camps — et tous deux font appel à un oiseau. Le camp de l’hirondelle : grec « Χελιδονάς », français « hirondelle de mer » et « trigle hirondelle », turc « kırlangıç balığı » — les trois signifient littéralement « hirondelle » ou « poisson-hirondelle ». Le camp de la poule : allemand « Knurrhahn », italien « Capone gallinella », maltais « Tigiega » et « Kappun », albanais « Gjel i hirte », russe « Морской петух желтый », le coq de mer jaune. Un camp nomme ce à quoi le poisson ressemble, nageoires déployées. L’allemand Knurrhahn — littéralement le « coq qui grogne » — dit dans le mot même quel son il produit.

💣 Le piège des noms, cette fois : dans la même liste, la rubrique allemande porte, à côté de « Knurrhahn » et « Roter Knurrhahn », l’entrée « Seeschwalbe ». En allemand, ce mot — littéralement « hirondelle de mer » — est le nom de toute une famille d’oiseaux, les sternes. Qui le cherche tombe sur des oiseaux, pas sur le poisson. Et à l’inverse : pour le croate, le slovène, le japonais et l’arabe, la liste ne porte aucun nom pour cette espèce — alors que le grondin est un poisson de consommation courante sur l’Adriatique. Le trou n’est donc pas là où le poisson manque, mais là où personne n’a fait l’entrée.

Le grondement est réel — et il a un moteur

Le grondement que porte le nom allemand n’a rien d’une exagération. Une étude de l’université d’Auckland (Radford, Ghazali, Montgomery et Jeffs, PLOS ONE, 2016) décrit le mécanisme : les sons seraient produits par la contraction de muscles sonores pairs situés sur la vessie natatoire. Pour la famille des grondins dans son ensemble, l’étude résume la littérature : cognements, grognements et grondements faits d’impulsions durant de 10 à 3000 millisecondes, avec un pic d’énergie sonore entre 250 et 600 hertz. Elle a mesuré quatre types de sons en deux classes, grognements et grondements, avec des fréquences de pic moyennes de 129 à 215 hertz ; les poissons ont émis des sons à toute heure, davantage à l’aube et au crépuscule.

⚠️ Le garde-fou va juste à côté : les mesures portent sur le grondin à nageoires bleues *Chelidonichthys kumu* de Nouvelle-Zélande — une autre espèce du même genre, pas *C. lucerna*. Les animaux étudiés étaient des femelles en captivité. Les valeurs de la famille sont une synthèse de la littérature, pas une mesure propre. Cet article n’affirme donc pas qu’un grondin au bout de votre ligne produit exactement ces fréquences ni qu’il mord mieux au crépuscule. Il dit seulement : le grondement quand vous le sortez de l’eau a une anatomie.

Trois doigts qui goûtent le fond

Le fait le plus utile au pêcheur figure dans la fiche FishBase de *C. lucerna*, et c’est une phrase sur les nageoires pectorales : le grondin « has three isolated rays on the pectoral fin which function as legs on which the fish rests and also help in locating food on the soft bottom ». Trois rayons libres sur lesquels il se repose, avec lesquels il marche sur le fond et trouve sa nourriture dans le sédiment meuble. Dans la même fiche : marin, démersal, profondeur de 20 à 318 mètres, 8 à 24 °C, vit sur sable, sable vaseux ou gravier et se nourrit de poissons, crustacés et mollusques. Maximum 82,8 centimètres, couramment autour de 30 centimètres. ⚠️ FishBase est une compilation qui cite ses sources — les chiffres figurent ici en tant que données FishBase, pas en tant que mesures propres.

Ce que cela veut dire au bord de l’eau

  • Pêchez au fond, sur fond meuble. Un poisson qui marche sur trois rayons à travers sable, vase et gravier et y cherche sa nourriture à tâtons fouille le fond, pas la pleine eau. Appât et montage ont leur place au fond.
  • Restez lent. Il trouve sa nourriture en parcourant le fond ; un appât qui traîne sur le fond ou marque une courte pause convient mieux à cette façon de chercher qu’une récupération rapide.
  • Le grondement n’est pas une alarme. Les sons émis à la sortie de l’eau sont normaux dans cette famille de poissons ; ils ne disent rien d’une blessure ni de la taille.
  • Attention à la tête et aux opercules. Les grondins ont une tête dure, cuirassée et épineuse ; manipulez-les avec un chiffon mouillé ou un gant.
  • Vérifiez vous-même la réglementation. Cet article ne donne délibérément ni tailles minimales ni périodes de fermeture — elles varient selon le pays et la zone maritime, parfois selon la région. Ce qui fait foi, c’est l’autorité de pêche compétente, pas ce texte ; ceci n’est pas un conseil juridique.

Une dernière remarque honnête : aucune catégorie de menace (comme celle de l’UICN) ne figure ici, parce qu’elle n’a pas été tirée d’une source primaire vérifiée. Et le grondin est un poisson que peu de pêcheurs recherchent exprès, mais que beaucoup gardent volontiers, dès lors qu’ils savent où se trouve le fond meuble. StrikeAhead lit les conditions et la profondeur et apprend de vos prises ; l’application vous dit quand une sortie en vaut la peine, et StrikeAhead Pathfinder vous dit avec qui sortir sur une eau inconnue — sélection curatée, vérification personnelle, prises vérifiées au lieu de photos publicitaires.

Pêche le bon moment →